Tu t'apprêtes à rentrer en prépa et tu t'attends à subir une version trash de Fort Boyard ? Rassures-toi, voilà ce qui t'attend vraiment.
Bizut... Non c'est ça que je voulais dire!
Alalalala, mot tabou de chez tabou, le bizutage est la source de bien des réactions, justifiées ou pas, rationnelles ou pas, mais toujours démesurées. Il est même probable que si vous êtes un taupin potentiel, ignorant des vicissitudes de la prépa, mais ayant vu un documentaire sur les arts et métiers, vous soyez en train de vous pencher sur un bon vieux BTS, dans lequel personne ne risque de vous balancer par la fenêtre enroulé dans un matelas. A voir.
Toutes proportions gardées, ce qui se passe aux Arts zet Metiers ne concerne qu'eux et le bizutage, c'est vraiment pas ça. D'ailleurs, suite à certaines pressions de responsables (aha), nous avons arrêté de prononcer le mot "bizutage" pour lui préferer "intégration amicale", ce qui, il est vrai, est beaucoup plus attractif.
Mais bon, dans la pratique, le bizutage, qu'est ce que c'est?
Vous avez dit bizutage?
L'intégration amicale, c'est ce qui vous attend à votre entrée en prépa, dès la rentrée. Il faut savoir que la prise en charge des sup' tout frais par les spé non moins frais, est assez poussée, de sorte que tous les élèves qui composaient votre classe l'année d'avant seront à vos côtés pour vos premiers pas dans l'univers onirique de la taupin attitude, et aussi pour rigoler un bon coup.
Mon analyse du phénomène Taupin me surprend moi-même, mais d'après mes observations, il semble qu'entre 40 personnes destinées à bosser ensemble pendant 2 ans, et surtout ne faire que ça, un rapprochement salvateur s'effectue. Ce rapprochement est même plus que souhaitable, puisqu'il permet de soutenir l'énorme pression psychologique, et il n'est pas aberrant que vous vous fassiez de très bons potes en prépa. Vous comprendrez aisément qu'un esprit de classe assez fort est destiné à se former, aidé en cela par vos "carrés" bienveillant (ou pas).
Donc, lors de votre première semaine de cours, pendant que les spé n'ont pas encore commencé à bosser comme des cinglés (haha), ces derniers vous convieront à quelques réunions destinées à vous faire connaître de votre classe et à transmettre les codes de la classe en question. Car l'esprit, cité plus haut, est héréditaire d'une promo à l'autre, et ne se mélange pas avec les chiens d'infidèles de la classe d'à côté.
Intervilles pour les taupins
Ainsi, le bizutage se compose de plusieurs évènements, dont la traditionnelle présentation à la classe, qui est l'élément le plus indispensable de ce rite particulier. Je pense en effet qu'il faut être capable de vaincre sa timidité, histoire d'aller vers les autres et ne pas passer les prochains 730 jours (maths-sup/spé, quand même) tout seul dans son coin.
Ensuite suivent plusieurs épreuves souvent amusantes, dont le but principal est d'accorder des titres aux bizuts. Ceci parce qu'il peu probable que vous reteniez tous les noms de la classe d'un seul coup. Par contre, retenir le titre débile d'un type qui a réussi à avaler 24 yaourts, c'est plus facile. Le titre ainsi obtenu vous collera à la peau, puisque c'est sous ce nom qu'on vous interpellera pendant 2 ans. Il est d'ailleurs marrant de constater au bout d'un an et demi qu'un individu louche au patronyme aussi original que Guizmo se révèle porter le prénom banal d'Antoine (désolé Guizmo).
Les titres font partie de l'héritage de la classe, et varient d'une classe à l'autre, mais il subsiste quelques inusables comme le délégué, dont la dénomination change, le pousseur de cri de guerre et ses acolytes, et bien d'autres. Pour vous donner une idée, moi-même ai été élu "Bizut Relou", ou Pouet, au cours d'un duel acharné où j'ai été plus chiant que jamais. Depuis la moitié des personnes que je connais m'appelle Pouet.
Néanmoins, l'intégration amicale peut entraîner quelques dérives, puisque les épreuves en question sont organisées par des ex-bizuts, qui les ont subies l'année d'avant, et qui meurent d'envie de les infliger à de jeunes brebis innocentes, fantasme aggravé par une année de sup.
Les dérapages, ou comment les éviter
C'est là qu'intervient la règle d'or de tout bizutage : tout bizut a le droit de refuser une épreuve. Il est parfaitement concevable que ça ne vous fasse pas particulièrement rigoler de vendre du PQ en centre ville déguisé en sac poubelle, et refuser de le faire ne vous humiliera pas, ni ne vous confinera dans la solitude la plus totale. Vous pouvez très bien vous contenter d'aller à ces réunions sans participer, l'essentiel étant d'apprendre à connaître les autres (vos camarades, hein. Je connais personnellement de loin seulement 2 de mes carrés, et ça ne me travaille pas plus que ça). De plus, ce genre d'épreuves initié par les spé est assez moche, et c'est à cause de ce genre de truc que le bizutage est si mal vu. Vous pouvez aussi tomber sur des épreuves plus attractives, mais aussi plus risquées. Par exemple, pour l'épreuve visant à désigner le bizut le plus pochetron, évitez le coma éthylique, ça fait tâche.
Et donc pour les spé en puissance qui me liraient (bande de veinards, va !), je le rappelle, l'unique but du bizutage, c'est de rassurer et de coacher des sup pas forcément au top de leur confiance en eux.
Note à l'attention des externes et internes-externés
Vous partez avec un handicap, puisque les internes vivent au contact des spé et bénéficient du cadre chaleureux mais un peu barje de l'internat. Il est donc probable que vous connaissiez les rites essentiels et vos carrés moins vite qu'eux. C'est pas vraiment grave, puisque ces mêmes internes se feront une joie de vous mettre au courant des derniers délires psychédéliques en vogue. Et puis savoir que Tonkar s'est baladé à poil dans les couloirs n'est pas franchement un atout indispensable dans la vie.
En conclusion, le bizutage, pardon, l'intégration amicale, c'est un truc sympa destiné à vous faciliter la vie, et pas qu'un défenestrage tous les soirs. Si vous allez aux Arts zet Metiers, c'est autre chose...

